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I. Les ambitions de la France dans l’Asie du XIX siede

Le Second Empire, completant l’oeuvre de la Restauration et de la monarchie de Juillet, s’employa à poser, à travers le monde, les jalons d’une politique de presence et de conquete qui allait aboutir, sous la IIIe Republique, à la Constitution d’un vaste domaine colonial. En eff et, des la periode dite des Grandes Decouvertes, la France, à l’imitation des aut res grandes puissances europeennes du temps, s’était efforcée de se constituer un domaine outre-mer ; celui-ci se trouva totalement ruine en 1815. Malgre un redressement provisoire à la toute derniere periode de l’Ancien Regime, inspire à la fois par une curiosite scientifique et un projet politique aux- quels s’interessa le trop decrie Louis XVI, la Revolution et Vempire, prisonniers de leur environnement Continental, avaient paracheve le demantelement des entreprises frangaises hors d’Europe, amorce des la paix d’Utrecht (1711-1715) et surtout le traite de Paris (1763). Aujourd’hui, le gigantesque episode de notre histoire recente, riche de bien des vicissitudes et connu sous le nom de « periode coloniale » , s’acheve à peine. Certes, les structures ins- titutionnelles de la domination ont ete presque completement abolies au profit de nouvelles independances, formelles au moins, mais les mentalites tant des colonisateurs que des colonises de naguere en ont ete durablement marquees.

C’est dire combien cette époque si controversee et point si lointaine est encore presente, en tout cas dans notre inconscient collectif Le regne de Napoleon III occupe, dans ce processus historique, une place originale dans la mesure où rempereur lui-meme, partisan lucide mais velleitaire de la doctrine dite du libre-echange, « civiliser le monde par le commerce » (discours du tréne du 5 novembre 1863), fait preuve d’une vision qui ne se limite nullement à une etroite ambition coloniale mais qui s’assortit, au contraire, de conceptions economiques que n’eussent pas desavouees les adeptes les plus orthodoxes du liberalisme. Dans cet àdifice géo- politique à bàtir, une place privilegiee sera dévolue, dans l’esprit de rempereur, au continent asiatique dont les potentialités considérables commencent alors à être entrevues. Ce sera une des rares fois dans l’histoire contemporaine où la France bénéficiera ainsi d’une vaste et coherente perspective sur le monde alors que, trop souvent et jusqu’a nos jours, elle apparait polarisée, non sans une certaine dtroitesse de vue, sur des régions plus proches et plus fami¬liàres mais infiniment moins dynamiques.

De plus, au cours du xix e siècle, l’anglophobie, doublee quelque peu contradictoirement d’anglomanie, qui prevaut en certairis milieux dirigeants oblige à calquer rattitude de la France sur celle de la Grande-Bretagne : « Il faut refaire l’empire des Indes », ecrit Garnier lui-meme, l’auteur du recit que nous presentons. Et comme les Britanniques ont commence à forcer la porte de la Chine peu auparavant, en 1839, il ne faut pas leur laisser Vexclu- sivite du benefice de cette entreprise profitable, encore que peu glo- rieuse, puisque marquee en particulier, dans les annees 1860, par le vandalisme du corps expeditionnaire allie. Peu apres la guerre de 1870, le meme Francis Garnier ecrira avec quelque honte retros- pective en contemplant les ruines du Palais d’Ete de Pekin : « Les Prussiens eux-memes n9ont pas brüle Versailles. »

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