Départ de Bassac – Voyage à Pnom Penh et retour dans le Laos partie 1

Le temps s’était singulièrement rafraîchi depuis quelques semaines, et tandis que les Laotiens grelottaient le matin sous les couvertures de laine dont ils se couvraient les épaules, nous nous sentions tout ragaillardis par une température française de dix à douze degrés. Le 26 décembre, nous franchîmes l’étranglement du fleuve formé par Phou Molong ; nous consacrâmes la journée du lendemain à l’ascension de Phou Salao. Au pied de cette petite montagne, du côté du nord, s’étend la plaine de Muong Cao ou de r« Ancien Muong », lieu où ont résidé tout d’abord les rois de Bassac. Quelques constructions en brique à demi ruinées y témoignent de leur passage1

Au-delà, quelques îles réapparaissent dans le fleuve ; mais bientôt de nouvelles montagnes surgissent à l’horizon. Le 29 décembre, nous nous trouvions au pied de contreforts chevauchant les uns sur les autres sur la rive gauche. Sur l’autre rive, une montagne isolée, Phou Fadang, contient les eaux du fleuve qui, pour la première fois, quitte complètement la direction du nord pour se diriger à l’ouest ; il s’effile comme sous les rouleaux d’un laminoir entre deux murailles de roches à peine distantes l’une de l’autre de deux cents mètres. Sa profondeur est énorme en ce point, et je ne trouvai pas fond à soixante-dix mètres. Au sortir de cet étroit pas-sage, on se trouve devant l’embouchure du Se Moun qui vient du sud-ouest, alors que le grand fleuve se redresse lentement vers le nord. Le village de Pak Moun (embouchure du Moun) est bâti au confluent.

De nombreux rapides s’échelonnent depuis le confluent du Se Moun jusqu’aux deux tiers environ de la distance d’Oubôn, et nos bateliers durent se livrer à une rude gymnastique pour faire franchir à nos pirogues tous ces obstacles successifs. Le premier et l’un des plus considérables est à deux kilomètres à peine de l’embouchure. Tout auprès, sur te rive gauche, est la borne qui sert de limite aux royaumes d’Oubôn et de Bassac. Le dernier jour de l’an, née 1866 fut employé à franchir ce rapide. Il fallut décharger entièrement toutes nos barques et les faire passer à force de bras par’ dessus les rochers. Tout le monde s’y employa avec entrain, et les Laotiens ne laissaient pas que d’être assez étonnés du concours actif et entendu qu’ils recevaient de l’escorte et des officiers même de la commission française. Nous fîmes un peu moins d’un kilo- mètre dans toute l’après-midi du 31 décembre, et nous passâmes d’une année à l’autre au milieu des plus grandes fatigues. Les bords de la rivière étaient déserts et couverts de taillis
1. Dans les deux dernières livraisons, une erreur typographique m’a fait orthographier de la même façon deux noms de lieux différents, ce qui a rendu inintelligibles certains passages du texte. Je rétablis ici la véritable orthographe : l’île des cataractes s’appelle l’île de Khon, et un peu en amont se trouve l’île de Khong, où est le chef-lieu de la province de même nom.

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