Départ de Bassac – Voyage à Pnom Penh et retour dans le Laos partie 2

En faisant quelques pas dans les broussailles, on découvrait bien vite les traces de toutes sortes d’animaux sauvages : cerfs, tigres, buffles, éléphants, sangliers. M. Joubert s’y engagea et nous en rapporta presque aussitôt un lièvre : ce fut le plat de luxe de notre Jour de l’an. Un magnifique bloc de grès se dressait sur la rive ; le sergent Charbonnier y grava au ciseau la date européenne. Nous prîmes ainsi possession scientifique de ces parages que nul pied d’Européen n’avait foulés avant nous. Le 3 janvier, nous arrivâmes à Pimoun, village récemment formé sur les bords de la rivière ; il y avait là un dernier rapide, infranchissable pour nos barques à cette époque de l’année. Il fallut attendre que d’autres barques nous fus-sent envoyées d’Oubôn. Les dernières collines qui prolongent le massif de Bassac venaient mourir sur la rive droite. Au-delà, vers l’ouest, s’étendait une plaine sans limites. Nous nous trouvions sur l’immense plateau qu’arrosent le Se Moun et ses nombreux affluents, et qui s’étend au nord jusqu’à Vien Chang, à l’ouest jusqu’à Korat, à l’est jusqu’au pied de la grande chaîne de Cochin- chine. Les rapides successivement franchis depuis l’embouchure de la rivière sont comme des escaliers qui conduisent de ce plateau à la vallée inférieure du Mékong.

A partir de Pimoun, la rivière redevient libre ; un courant très faible, des berges droites, une largeur uniforme lui donnent en certains endroits l’aspect d’un canal creusé de main d’homme. Le 7 février, l’expédition arriva à Oubôn. Le gouverneur de cette province, récemment nommé, portait, comme celui de Bassac, le titre de roi. Il appartenait à la famille royale de Vien Chang et avait été amené, fort jeune encore, à Ban Kok, où il avait rempli divers emplois dans les grades inférieurs du mandarinat. Homme intrigant et habile, il devait sa position actuelle à sa souplesse d’esprit et à de riches présents. Il nous apprit que le roi de Bassac était appelé à Ban Kok pour répondre à une accusation de concussion. Nous découvrîmes bientôt qu’il cherchait à le faire remplacer pour un de ses parents. L’accueil qu’il nous fit se ressentit de son séjour dans la capitale du royaume ; nous avions affaire à un homme frotté de civilisation, qui connaissait l’influence et le pouvoir des Européens. Malgré la modestie de notre costume et de nos allures, il savait d’autant mieux à qui il avait affaire qu’il avait été à Ban Kok le traducteur laotien de nos passeports siamois. Aussi ses attentions et ses empressements n’eurent-ils point de limites.

Oubôn était le centre le plus vivant que nous eussions encore rencontré. Quelques rues tracées en amphithéâtre sur la rive gauche du Se Moun, une ou deux pagodes construites en brique dans le style chinois, de nombreuses boutiques lui donnent un aspect important. C’est plus qu’un village, ce n’est pas encore une ville. Toute relation commerciale a cessé ici avec le bas du fleuve, et les échanges se font par Korat avec Ban Kok. Je n’eus pas le temps de faire ample connaissance avec les environs. Dès notre arrivée, le commandant de Lagrée s’était hâté de prendre les renseignements et les dispositions nécessaires pour mon voyage à Angcor ; il espérait toujours que, grâce aux indications fournies par Alexis, je trouverais arrivé en ce point le courrier de l’expédition. Ma confiance était moins entière, et j’obtins de M. de Lagrée l’autorisation de poursuivre ma route jusqu’à Pnom Penh dans le cas où mes craintes se réaliseraient.

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