Départ de Houtén – Nong Kay et les ruines de Vien Chan partie 4

Puis il se mit en devoir de me suivre pas à pas, s’arrêtant quand je m’arrêtais, mais paraissant bien décidé à ne pas laisser augmenter la faible distance qui nous séparait. J’essayai en vain, pour abréger cette désagréable promenade, de la puissance fascinatrice que l’on attribue au regard humain sur les animaux féroces : c’était hélas ! la seule arme à ma disposition, et le moindre revolver eût fait bien mieux mon affaire. J’osais à peine jeter derrière moi un coup d’œil furtif pour me guider. Une chute m’eût perdu, et les chances de m’embarrasser les pieds au milieu des racines et des ronces étaient fort grandes. Je dus à cette crainte de battre en retraite avec une lenteur qui sauvegarda ma dignité. Heureusement la berge n’était pas loin. Après un temps qui me parut un siècle, j’atteignis la lisière des hautes herbes. Le bruit des bateliers faisant leurs préparatifs de campement le long de la rive parvint à mes oreilles et à celles de mon compagnon, qui jugea prudent de cesser de m’escorter. Il se retira lentement dans la forêt. Je revins aux barques encore tout ému, et je demandai ma carabine du ton dont le roi Richard dut demander un cheval. Tous ces messieurs, le com-mandant de Lagrée en tête, s’armèrent et nous nous élançâmes dans la forêt. Après une courte battue que la nuit rendit infructueuse, nous revînmes à notre campement, n’ayant rendu à ranimai que la peur qu’il m’avait faite à moi-même.

Le lendemain, les rives du fleuve devinrent plus accidentées ; un massif montagneux, appelé Phou Ngou par les indigènes, apparut droit devant nous, dentelant l’horizon d’une triple ligne de sommets ; quelques petites collines se montrèrent en même temps sur la rive droite. Le 18 mars au soir, nous nous arrêtions au pied des premiers contreforts de Phou Ngou. Quelques villages de nouvelle formation s’élevaient sur la rive gauche ; ils étageaient leurs rizières sur les dernières pentes de la montagne. Ils dépendaient du gouverneur de Houtén, quoiqu’ils ne se trouvassent point sur son territoire. Au Laos, l’impôt est basé sur le nombre des habitants inscrits, et ceux-ci ne sont autorisés à se déplacer pour aller chercher au loin des terres plus fertiles qu’en conservant l’attache de la province sur les registres de laquelle ils figurent. Aussi n’est-il pas rare de trouver, à côté les uns des autres, des villages relevant d’autorités très différentes et souvent fort éloignées.

Les petites chaînes, détachées du massif principal de Phou Ngou, au pied desquelles nous nous trouvions, couraient parallèlement au fleuve, dont la direction depuis Saniaboury s’était relevée au nord-nord-ouest. Nous ne pouvions douter que ce ne fussent là des ramifications de la grande chaîne de Cochinchine, et nous n’allions pas tarder sans doute à trouver des indices du voisinage des Annamites ; mais, dès le lendemain, à partir de l’embouchure d’une jolie rivière, appelée Nam Kdin *, dont la vallée, d’une apparence pittoresque, semblait se diriger au nord-ouest, le fleuve tourna brusquement à l’ouest entre deux berges devenues plus hautes, désertes et très boisées, et le long desquelles les traces des animaux sauvages, troupeaux de buffes et d’éléphants surtout, se montraient fort nombreuses. Nous trouvâmes même un cerf abattu par un tigre et laissé presque intact sur la berge. Ce fut pour nous une excellente aubaine, et nous vécûmes pendant deux jours des reliefs de Monseigneur le tigre, comme l’appellent les Annamites.

Quelques blocs de grès réapparurent dans le lit du fleuve, légèrement rétréci, et formèrent à certains coudes de petits rapides très facilement franchissables dans cette saison. Un autre massif montagneux peu élevé, celui de Phou Hong, succéda, sur la rive droite, à celui de Phou Ngou auquel maintenant nous tournions le dos.

Besuchen Sie uns unter: Ha Long

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

Powered by WordPress