Départ de Houtén – Nong Kay et les ruines de Vien Chan partie 6

A partir de Hang Hong, le Cambodge2, qui avait conservé jusque-là une certaine tendance à se relever au nord, s’infléchit de plus en plus vers le sud ; les sommets des chaînes de la rive gau­che s’abaissèrent et disparurent ; les méandres du grand fleuve devinrent aussi capricieux et aussi rapides que ceux d’une petite rivière. Nous passâmes par tous les rumbs sud, est et ouest du com­pas, et cela à notre grand dépit, car la seule direction que nous aurions voulu suivre eût été celle du nord, qui seule pouvait nous rapprocher des sources du grand fleuve et nous amener dans des régions d’un aspect plus nouveau et d’un climat plus favorable. Dans un voyage de cette nature, on est toujours impatient de chan­gement, et chaque jour qui n’apporte pas une émotion nouvelle est un mécompte. Les plus gracieux paysages deviennent monotones quand ils se succèdent les mêmes pendant deux fois vingt-quatre heures.

En ce moment, l’aspect du Cambodge se rapprochait de plus en plus de celui du Se Moun, au-dessus d’Oubôn. Le cours des deux rivières était devenu parallèle. Le fleuve était désert ; quelques bar­ques de pêcheurs de loin en loin : on sentait que le commerce ne se servait plus de la voie fluviale, la plaine au milieu de laquelle celle-ci se frayait un trop sinueux chemin offrant des routes aussi faciles et plus directes.

Le 23 mars, nos bateliers nous montrèrent, sur la rive droite, une pagode qui contenait l’empreinte d’un pied de Bouddha. Ces sor­tes d’empreintes sont excessivement nombreuses au Laos. On sait que les plus célèbres, pour les bouddhistes du Sud, sont celles du pic d’Adam, sur lequel Gautama3 a posé son pied gauche, et de la montagne appelée par les Siamois Swana Bapato, et plus connue sous le nom de Prabat Moi (Pied Sacré), qui est située entre Korat et Ban Kok.

Les maisons et les jardins commençaient à réapparaître en grand nombre sur les bords du fleuve, qui continuait toujours son éton­nante course au sud. Nous approchions du chef-lieu de la province. Le soir du même jour, nous nous arrêtâmes à Nong Coun, village considérable situé vis-à-vis l’embouchure du Se Ngum, le plus grand affluent de la rive gauche du fleuve que nous eussions ren­contré depuis Houtén. D’après les renseignements que nous recueil­lîmes, cette rivière peut être remontée six jours en barque, et traverse une région forestière très productive. C’est de là que . nent en partie la cannelle, dont nous avions constaté l’apparition quelques jours avant sur les marchés indigènes, et le benj ne vaut guère dans le pays que quatre francs cinquante centimes le kilogramme. Le commandant de Lagrée eut un instant l’intention d’autoriser M. Thorel à se faire conduire aux lieux mêmes où on récolte la précieuse écorce ; mais, malgré le très vif désir de notre botaniste, la nécessité d’accélérer notre voyage fit renoncer à ce projet.

2 Rappelons que le nom de Cambodge, ou fleuve Cambodge ou fleuve du Cam¬bodge, désignait alors le Mékong même dans la portion de son cours situé hors de Ce royaume, ce qui est le cas dans ce passage (NDP).
3 Nom du Bouddha avant son illumination (NDP).

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