Les cataractes de Khong – Ile de Khong – Arrivée et séjour à Bassac partie 3

Celui-ci, bon et jovial vieillard de quatre-vingts ans, nous accueillit avec les marques de sympathie et de curiosité les plus vives : il était complètement sourd, et pour le tenir au courant de la conversation, un serviteur devait écrire sans relâche sur un tableau qu’on lui mettait sous les yeux. Sa bienveillance et son empressement à satisfaire toutes nos demandes ne se démentirent pas un instant. A Khong, nous n’étions annoncés par aucun antécédent fâcheux pour la considération des Européens : la tranquillité et la richesse de cette province, assez éloignée des frontières pour ne ressentir jamais les contrecoups des guerres voisines, rendaient la population plus confiante qu’à Stung Treng, où l’on était exposé souvent aux incursions des sauvages et des rebelles annamites ou cambodgiens. Notre générosité, la douceur de nos allu-res, la régularité de la conduite des hommes de l’escorte justifièrent et augmentèrent cette confiance. Les habitants se montrèrent plus qu’empresssés et nous importunèrent souvent par leur curiosité de toute heure et de toute circonstance. Les moindres objets européens, apportés comme cadeaux ou comme objets d’échange, excitaient la plus vive admiration et les plus grandes convoitises. Le gouverneur, rendu l’heureux possesseur de quelques-uns tre eux, disait que bien certainement Bouddha avait dû naitre en France et non dans un pays aussi dénué et aussi barbare que le sien. Il nous envoya un bœuf en retour, ce qui nous causa un plaisir infini, pareille aubaine ne nous étant point arrivée depuis notre départ de Pnom Penh.   La position de Khong en fait un centre commercial assez impor tant et les échanges y paraissent plus actifs qu’à Stung Treng. Les principaux négociants sont des Chinois fixés dans le pays depuis longtemps et mariés à des indigènes. Aux denrées déjà signalées à Stung Treng, il faut ajouter la soie que l’île de Sitandong pro. duit en quantités relativement considérables. Khong est en relation avec les tribus sauvages de l’est par une route qui part de la rive gauche du fleuve et qui paraît assez fréquentée. A la hauteur de Khong, et sur la rive droite, s’étend la province cambodgienne de Tonly Repou, tombée aujourd’hui au pouvoir des Siamois. Elle doit son nom à une jolie petite rivière, dont la vallée était autrefois riche et peuplée ; depuis sa séparation du Cambodge, elle a été désertée en partie et les montagnes qui la limitent sont le lieu de refuge de bandes de voleurs. Le commandant de Lagrée alla visiter, pendant notre séjour à Khong, un ou deux villages qui dépendent de cette province et remonta pendant quelques milles la rivière Repou, que les Laotiens appellent Se Lompou 2. Il revint convaincu de l’importance qu’il y aurait, pour le Cambodge et pour le commerce de notre colonie de Cochinchine, de revendiquer la possession d’un territoire dont Siam s’est emparé par une véritable trahison. Sous le roi Ang Cham, prédécesseur d’Ang Duong, père du roi de Cambodge actuel, le Déchu Ming, grand mandarin de Compong Soai, se révolta contre son souverain légitime ; poursuivi par les troupes royales, auxquelles s’étaient joints les Annamites, il se réfugia dans la province de Tonly Repou qui relevait de son gouvernement. N’espérant pas pouvoir y tenir longtemps, il implora le secours du roi de Siam et lui offrit de lui livrer non seulement cette province, mais encore celle de Muluprey, située plus à l’ouest. Siam accepta l’offre, lui donna le comman-dement de ces deux provinces que les Cambodgiens n’osèrent plus revendiquer, et la scission fut consommée en fait sans avoir cependant jamais été proclamée ou reconnue de part et d’autre d’une façon officielle.

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