Les PP. Fenouil et protteau – Le lao papa – Emprunt fait au ma ta jen- Départ de Yun nan- Arrivée à Tong tchouen partie 4

Son cadavre fut dépecé par les habitants du pays, qui se réjouirent de cette bonne fortune. En ces temps de guerre et de disette, la viande, qui est partout en Chine un mets de luxe, devenait un manger inappréciable. On sait que les Chinois n’ont point pour la chair de certains animaux les préjugés que les sièges de la dernière guerre n’ont pas réussi à déraciner chez nous.

Nous nous reposâmes à Kon-tchang toute la journée du 14 janvier. M. de Lagrée était atteint d’une fièvre continue et d’un point de côté qui nécessitaient cet arrêt. Cette localité est pauvre et sans ressources. Comme son nom le fait pressentir signifie « mine », en chinois), il y a dans le voisinage des gisements de cuivre et de zinc. La petite rivière qui y passe creuse son lit sinueux et encombré de cailloux dans les Ôancs du plateau qui limite à Test la vallée du Li-tang ho. Nous remontâmes ce lit pendant quelque temps, et nous nous élevâmes de nouveau sur le plateau qui offre, en ce point, une altitude moyenne de deux mille six cents mètres. La population de cette zone, assez clairsemée, perd de nouveau sa physionomie chinoise et accuse une portion considérable de sang étranger. Les maisons sont construites en boue. L’avoine et 1& pomme de terre poussent seules sur ces cimes, que balaye sans cesse un vent glacial. C’est à peine si quelques arbustes rabougris réussissent à s’abriter dans les plis du terrain. Çà et là, on rencontre de longues traînées de neige, que ne peuvent fondre les rayons affaiblis du soleil.

Nos porteurs de Kon-tchang, effrayés du long trajet qu’il leur restait à faire dans ce pays désolé, s’enfuirent pendant la nuit, et nous fûmes obligés de requérir de force les habitants d’un pauvre hameau.
Nous rencontrâmes, le soir même, un petit mandarin, envoyé avec une escorte à notre rencontre par le commandant militaire de Tong-tchouen. Il nous procura des moyens de transport suffisants, et M. de Lagrée, dont le malaise persistait, put continuer sa route en palanquin.

Nous franchîmes, le lendemain, un col élevé sur lequel le baromètre indiqua cinq cent trente-trois millimètres. A très peu de distance, sur notre gauche, s’élevait un pic couronné de neige, dont l’altitude devait être peu inférieure à quatre mille mètres. Des crevasses larges et profondes, semblables à d’immenses tranchées, sillonnaient de tous côtés le plateau, qui paraissait s’abaisser légèrement dans la direction du nord. Nous descendîmes au fond d’une de ces immenses rigoles à parois verticales qui servent au printemps de canaux de drainage pour les eaux des pluies, et nous arrivâmes au bourg de Tay-phou, marché assez considérable, dont les boutiques étaient magnifiquement approvisionnées, en raison de l’ap-proche du Jour de l’an chinois. Une population de l’aspect le plus mélangé et le plus pittoresque était accourue des montagnes environnantes et s’empressait devant les étalages. L’auberge du lieu était pavoisée en notre honneur ; nous y reçûmes un confortable accueil.Tay-phou est situé sur les bords d’un ruisseau qui devient un peu plus loin la rivière de Tong-tchouen. Le 18 janvier, après avoir fait encore quelques kilomètres à pied, nous pûmes monter dans une grande barque et descendre rapidement le courant, pendant que nos bagages cheminaient à dos d’homme, le long de la route en corniche qui se suspend aux flancs de la vallée.

Les eaux étaient basses et les rapides fréquents, mais notre embarcation à fond plat glissait facilement sur les cailloux, grâce aux efforts vigoureux de l’équipage qui se mettait à l’eau. Malgré l’absence de fatigue et la rapidité de notre marche, l’affreux paysage que nous avions sous les yeux nous fit trouver bien longues les huit heures de navigation qui nous séparaient de Tong-tchouen. Deux murailles de roches rougeâtres, stériles, ravinées par les pluies, sans un arbre, sans un brin d’herbe, limitaient de tous côtés nos regards, qui cherchaient en vain un point où se reposer. Pas un nuage ne venait tempérer l’éclat de la lumiere , le ciel était d un bleu clair, d’une uniformité désespérante. Un vent de sud-sud-ouest soufflait par rafales intermittentes et produisait, en s’engageant dans tes détours de ta vallée, un bruit strident et lugubre. Çà et là étaient quelques maisons de pêcheurs, dont des cailloux non cimentés, amoncelés les uns sur les autres, composent les murs. C’est bien ainsi qu’on peut se représenter un pays dans les veines duquel coule du cuivre et qui remplace les fruits de la terre par des produits métal¬lurgiques. Vers quatre heures nous entrâmes dans un canal latéral qui dérive vers Tong-tchouen une partie des eaux de la rivière ; les montagnes aux croupes dénudées s’éloignèrent pour former un vaste cercle ; une grande plaine s’ouvrit devant nous ; les cultu¬res reparurent, et la ville de Tong-tchouen dressa devant nous sa couronne rectangulaire de créneaux. Nous traversâmes un fau¬bourg en partie ruiné, où de nombreux ponts de pierre nous for-çaient à chaque instant à baisser la tête.

La nuit était déjà venue quand nous arrivâmes à la pagode où un logement nous était préparé. Cette pagode était située à l’intérieur même de l’enceinte, mais des ordres sévères avaient été donnés pour que notre repos ne fût pas troublé ; de vastes cours et des portes solides nous séparaient de l’extérieur. Le luxe de l’aménagement, l’espace qui nous était réservé, ne laissaient rien à désirer. Nous n’avions jamais été aussi près du bien-être. L’existence que nous menions depuis deux ans était bien faite pour nous faire apprécier le calme et le repos de cette confortable retraite. Mal-heureusement, elle devait être pour le plus méritant d’entre nous le terme de sa pénible odyssée.

Besuchen Sie uns unter: Halong Bucht 2 Tagestour

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

Powered by WordPress