Muong You- Arrivée de M. de Lagrée- Fabrique d’armes de Sam Tao- Navigation sur le Nam Leuï- La vallée de Muong Long- Une route et un pont chinois- Nouvelles difficultés- Départ pour Xieng Hong- Description de cette ville- Etat politique de la contrée- Populations mixtes de Xieng Hong- Voyage de Xieng Hong à Muong La ou Se-mao- Arrivée en Chine partie 9

Le marché, qui se tient tous les cinq jours à Muong Long, est un des plus considérables que nous eussions encore rencontrés. On y retrouve ces petits restaurants en plein air, si nombreux dans les viles chinoises et qui sont indispensables aux foules affairées. Du coton qui est apporté par les sauvages Khos, très nombreux dans les environs, et qui se vend de quarante à quatre-vingts francs un peu de soie grège de qualité assez grossière, de !a cire, du fer, du plomb, soit pur, soit à l’état de minerai, du minerai, d’antimoine qui est employé comme remède, du bétel et de l’arec de montagne, des melons, des giraumons, des aubergines, des pastèques, des pommes, des prunes, des goyaves, des oignons, du piment, du poivre, des grappes d’astrus qui servent à fabriquer de l’huile, du tabac, de l’indigo solide, des œufs, du poisson frais de la viande de porc et de buffle, représentent la part de la pro! duction locale. Des cotonnades anglaises, du sel qui sert souvent de monnaie dans les transactions et qui vient de la rive gauche du Mékong ; des écheveaux de soie d’origine chinoise, des boules de gambier et de l’arec desséché venus de Xieng Mai ; quelques objets de mercerie et de quincaillerie, tels que glaces, peignes, balances, aiguilles, d’origine anglaise ou chinoise, forment la part de l’importation.

Presque tout le monde, et surtout les sauvages Khos, parlent ici le dialecte chinois du Yun-nan.
Le 23 septembre, nous arriva une nouvelle lettre des mandarins de Xieng Hong, accompagnée d’un mot d’Alévy. Il était dit dans la lettre des mandarins que, l’année passée, un ordre était venu du Yun-nan, prescrivant de ne pas laisser passer les étrangers sans prévenir immédiatement les autorités du Muong Ho (Yun-nan). C’était là du moins le sens général d’un message que, privé de son interprète, M. de Lagrée ne pouvait déchiffrer qu’imparfaitement. Alévy faisait dire en même temps à M. de Lagrée — et c’était là l’important — que le séna consentait à ce que la commission française poursuivît sa route jusqu’à Xieng Hong.

Nous partîmes de Muong Long le 27 au matin. A quelque distance de ce village, l’ancienne chaussée chinoise, qui a cessé d’être entretenue, disparaît, et nous n’en retrouvâmes plus que quelques vestiges de loin en loin. La route reste néanmoins assez belle : de petits ponts couverts et ornés de bancs, jetés sur les ruisseaux ou les canaux d’irrigation, offrent de distance en distance des lieux de repos heureusement ménagés. La vallée, dont la route côtoie la chaîne de gauche, est très peuplée et cultivée ; nous traversions un village tous les quarts d’heure. Vers midi, nous franchîmes sur un pont en bois une large rivière, le Nam Pouï, venant du nord-ouest et qui me parut être le cours d’eau principal dont le Nam Nga n’était qu’un affluent. La vallée de cette dernière rivière prenait fin, et devant nous, dans toutes les directions, des chaînes de petites collines fermaient la route. Nous nous arrêtâmes le soir sur la lisière de cette région montagneuse et nous couchâmes au village de Sieng Bang.

Le lendemain, 28 septembre, nous nous engageâmes dans un dédale de petites vallées et de collines aux croupes arrondies et aux pentes boisées, au milieu desquelles la route disparaissait souvent dans des fondrières, mais dont l’aspect pittoresque et les paysages variés nous faisaient oublier la viabilité imparfaite. Plus nous avan¬cions dans cette région nouvelle, plus la végétation et le caractère des sites revêtaient un aspect singulier. Pour des gens habitués depuis longues années à la physionomie particulière de la nature tropicale, il y avait à ce changement un plaisir et une nouveauté extrêmes : c’était comme un ressouvenir inconscient de la patrie que nous retrouvions à chaque détour de ces vallées étroites. La population, composée presque entièrement de Khos, contribuait encore à accentuer ce changement.

Sehen Sie mehr: Halongbay

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

Powered by WordPress