Muong You- Arrivée de M. de Lagrée- Fabrique d’armes de Sam Tao- Navigation sur le Nam Leuï- La vallée de Muong Long- Une route et un pont chinois- Nouvelles difficultés- Départ pour Xieng Hong- Description de cette ville- Etat politique de la contrée- Populations mixtes de Xieng Hong- Voyage de Xieng Hong à Muong La ou Se-mao- Arrivée en Chine partie 4

Nous nous assîmes devant le prince, et l’on plaça devant cha cun de nous un plateau contenant les boîtes dont se servent les Laotiens pour enfermer les divers éléments de la chique. Plateau et boîtes étaient en argent repoussé. Ce luxe oriental nous eût éblouis davantage si aux ustensiles indigènes, très riches et de forme très décorative, n’étaient venus se mêler quelques objets européens fort prisés dans le Laos, mais d’un cachet trop vulgaire à nos yeux. Tels étaient des chapelets de bouteilles vides, suspendus de la façon la plus apparente aux colonnes de la salle.

Le roi s’étudia à ne nous dire que des paroles aimables. Il exprima au commandant de Lagrée tous ses regrets de l’obligation qui avait été imposée à celui-ci d’aller à Xieng Tong, et il en rejeta la faute sur le Birman de Muong Yong.
D’après les usages laotiens, les chefs des villages étaient tenus de nous faire, à notre passage, des cadeaux en nature. Nous les avions toujours refusés, ou du moins nous avions toujours paye les objets qui nous étaient offerts. Le roi nous demanda le motif de ce refus : « C’est que nous ne voulons pas, dit le commandant de Lagrée, que les pauvres gens aient à souffrir de notre présence. — Mais, de moi, répliqua gracieusement le roi, vous daignerez sans doute accepter quelque chose ? » Il nous fit ensuite maintes questions sur la France, donna à la conversation un ton vif et enjoué, et sut déployer une grâce simple et affable qui fit notre conquête à tous.

Le lendemain, le roi fit prier M. de Lagrée de revenir le voir. Leur entretien eut un caractère plus intime ; la vue des Européens réveillait chez cet intelligent jeune homme des désirs d’émancipation du joug birman, que les procédés administratifs de ces derniers ne justifient que trop. A Muong You, le roi avait su reléguer l’agent birman à l’arrière-plan, et il affectait, en toute occasion, de ne tenir aucun cas de sa présence.
« Là où sont les Européens, disait-il au commandant de Lagrée, la guerre et les troubles cessent, le commerce et les populations augmentent. »

Ce n’était pas là le premier symptôme que nous eussions saisi d’une prochaine insurrection de ces peuples. Les Birmans sont trop présomptueux pour la prévoir, trop maladroits pour la prévenir
Le roi de Muong You affirmait que son royaume abondait en gisements métallurgiques. D après lui, il y aurait de l’or de l’argent, du fer et des pierres précieuses dans les montagnes qui enserrent Nam Leuï. A l’appui de son dire, i! montra à M. de Lagré très bel échantillon de minerai de fer oligiste et quelques grenats ; malheureusement, il était impossible d’en désigner ostensiblement les gisements sans s’exposer à voir tes Birmans en rendre l’exploitation obligatoire pour les indigènes, afin de prélever une dîme sur le produit. « Mais restez ici quelque temps je pourrai vous y faire conduire en cachette », ajoutait le roi. M. de Lagrée avait trop de raisons de quitter le plus vite possible le territoire sou¬mis aux Birmans pour accepter ces propositions.

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