Muong You- Arrivée de M. de Lagrée- Fabrique d’armes de Sam Tao- Navigation sur le Nam Leuï- La vallée de Muong Long- Une route et un pont chinois- Nouvelles difficultés- Départ pour Xieng Hong- Description de cette ville- Etat politique de la contrée- Populations mixtes de Xieng Hong- Voyage de Xieng Hong à Muong La ou Se-mao- Arrivée en Chine partie 5

Le 16 septembre, le roi vint nous rendre notre visite, et passa la plus grande partie de la journée dans notre sala. 11 était accompagné de sa sœur aînée et de quelques-unes de ses femmes. Cette entrevue fut des plus cordiales et des plus intéressantes. Après les démonstrations obligées sur l’usage de nos armes et de nos ustensiles européens, M. Delaporte essaya de faire sentir à nos hôtes les charmes de la musique française. L’air de Marlborough, les motifs les plus gais et les plus entraînants de qu’une attention distraite ; mais à peine les premières notes du Misere eurent-elles résonné sous l’archet du musicien que le plus profond silence se fit : une sensation inconnue sembla se révéler aux auditeurs indigènes ; cette musique sentimentale trouvait un écho chez eux.

Le lendemain, le frère du roi et le reste de la famille royale vinrent à leur tour assister à l’exhibition de nos bagages et s’initier aux mêmes jouissances. La race thaï est douée, surtout dans le Nord, d’une curiosité intellectuelle et d’une délicatesse naturelle de goût qui lui permettraient bien vite, sous d’autres maîtres que les Birmans, d’occuper une place honorable parmi les peuples civilisés. Les progrès rapides qu’ont fait les Siamois depuis qu’ils sont en contact avec les Européens en sont une preuve frappante, et encore, de tous les rameaux de la branche thaï, le rameau siamois est-il celui qui nous paraît le moins accessible aux sentiments élevés.

Dans l’intervalle de ces visites avait eu lieu l’échange des cadeaux habituels. Les libéralités du roi s’étendirent jusqu’à notre escorte, dont chaque personne reçut une pièce d’étoffe suffisante pour se faire un vêtement. Aux officiers, le roi donna des boîtes en argent ciselé, d’un travail fort délicat.

J’ai déjà dit, je crois, que le roi de Muong You est frère du roi de Xieng Tong, mais d’une mère différente. Entre lui et son frère aîné est un autre frère, qui réside depuis longtemps à Ava, et que le roi de Muong You n’a jamais vu. Ce prince est sans doute celui que Mac Leod a vu à Xieng Tong , et qu’il désigne sous le nom de Chao Patta-Woun. La cour de Birmanie le garde probablement
1 Voir p.55 de son journal dans les Parliamentary papers pour 1869
en otage pour s’assurer de la fidélité de ses frères. Le troisième des fils du Tsoboua, qui a reçu Mac Leod et dont l’aîné est ie souverain actuel de Xieng Tong, était le prédécesseur du roi de Muong You ; il est mort en 1862, époque à laquelle son neveu est monté sur le trône.

Nous quittâmes Muong You le 18 septembre. Nos chevaux et nos bagages traversèrent la rivière sur un radeau et prirent la route de Muong Long, qui était notre prochaine étape dans la direction de Xieng Hong. Muong Long est le chef-lieu de Tune des douze provinces dont se compose cette dernière principauté. Quant à nous, nous nous embarquâmes sur le Nam Leuï, dont nous descendîmes rapidement le cours sinueux. Nous nous arrêtâmes un instant à Muong Leuï, charmant village entouré de plantations d’aréquiers ; cet arbre commence à devenir fort rare, et son fruit atteint, dans cette région, un prix considérable. Au-delà de Muong Leuï, la rivière s’encaisse entre des collines boisées ; son cours, jusque-là paisible, devient torrentueux. En s’engageant dans le dédale inextricable des petites montagnes qui bordent les rives du Cambodge, elle cesse d’être navigable. Après une heure trois quarts de navigation totale depuis Muong You, nous débarquâmes sur la rive gauche de la rivière, auprès d’un caravansérail où devaient venir nous rejoindre notre escorte et nos bagages. Ils n’arrivèrent que fort tard dans la soirée : la route, en grande partie détruite par les pluies, avait été fort pénible pour les hommes et les chevaux.

Le lendemain matin, nous nous engageâmes dans le sentier en zigzag qui gravit la chaîne de collines au pied de laquelle nous avions campé. Nous suivîmes pendant toute la matinée une ligne de faîte sinueuse. Nous jouissions de là du panorama varié de chaî¬nes irrégulières, dont les pentes, assez douces, sont couronnées par des villages does et sillonnées par les routes bien entretenues qui y conduisent.

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