Muong You- Arrivée de M. de Lagrée- Fabrique d’armes de Sam Tao- Navigation sur le Nam Leuï- La vallée de Muong Long- Une route et un pont chinois- Nouvelles difficultés- Départ pour Xieng Hong- Description de cette ville- Etat politique de la contrée- Populations mixtes de Xieng Hong- Voyage de Xieng Hong à Muong La ou Se-mao- Arrivée en Chine partie 6

Le vert tendre et ondoyant des cultures, pratiquées dans les bas- fonds ou suspendues à mi-côte, repose agréablement le regard de la teinte uniforme et sombre des forêts qui couvrent les parties hautes. Nous déjeunâmes sur les bords d’un ruisseau qui coulait dans la direction du nord : nous avions, encore une fois, changé de bassin. Une descente de plusieurs heures nous amena hors de la région montueuse qui forme la ligne de partage des eaux, et nous entrâ¬mes dans une étroite et longue vallée, couverte de rizières et de vil-lages et qu’arrosait, en se dirigeant vers le nord-nord-est, une jolie rivière, le Nam Nga, qui paraissait venir de l’ouest. Nous traversâmes ce cours d’eau en ayant de l’eau jusqu’aux épaules. Le passage guéable était étroit et le courant rapide ; aussi quelques-uns d’entre nos porteurs perdirent-ils pied : ils en furent quittes pour atteindre l’autre rive à la nage sans perte ni grande avarie pour les objets dont ils étaient chargés. Une fois sur ia rive gauche du Nam Nga, nous nous hâtâmes de traverser les rizières qui s’étendent sur ses rives, pour rejoindre la route moins boueuse et plus ombragée qui serpente au pied des coiiines du flanc gauche de la vallée. La flèche aiguë d’un tât nous signalait de loin Muong Long, gros bourg de quinze à dix-huit cents âmes, construit sur les bords du Nam Kam, petit affluent du Nam Nga.

Nous traversâmes cette rivière sur un pont en pierre à voûte surbaissée, dont le parapet était orné de lions sculptés, qui gisaient renversés sur le sol. Le pont se continuait par une chaussée, pavée avec des briques placées sur chant. Un pareil luxe de viabilité était bien fait pour provoquer notre enthousiasme. A coup sûr, ce pont, cette chaussée, n’étaient point l’œuvre des Laotiens ; ils en profitaient sans savoir les entretenir. La construction du pont excita une admiration pres¬que égale à celle que plus d’un an auparavant nous avions ressentie à la vue des monuments d’Angcor. La voûte révélait une science supérieure à celle des Cambodgiens ; c’était bien là une œuvre de cette civilisation chinoise dont le Birman de Muong Yong nous prônait les merveilles.
Nous nous trouvions aux portes de cette terre promise, et nos fatigues touchaient à leur fin.

Ce séduisant espoir se changea en certitude quand, au milieu de la foule des curieux qui commençaient à nous assiéger, nous découvrîmes deux Chinoises. Leurs robes longues et leurs chaussures pointues à hauts talons tran¬chaient trop vivement au milieu des costumes laotiens pour ne pas attirer immédiatement nos regards. J’étais à peu près le seul membre de la commission qui fût déjà, et de longue date, familiarisé avec la vue des habitants du Céleste Empire ; aussi fut-ce avec une joie d’enfant qu’elle accueillit cette première apparition de la femme chinoise, qui était une bien petite récompense de tant de fatigues. Cette vue, d’ordinaire, s’obtient à moins de frais, surtout quand on est marin. Les Chinoises en question étaient vieilles, sales et décrépites, mais elles avaient de petits pieds : cela suffisait pour affirmer leur nationalité d’une manière incontestable et justifier l’admiration de mes compagnons de route.

Für mehr Infos: Huong Hai junk

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