Pnom Penh – Départ du Cambodge – Pnom Bachey – Rapides de Sombor – Stung Treng partie 1

Comme tous les villages annamites et cambodgiens, Compong Luong se compose d’une longue rangée de maisons parallèles au fleuve et bâties sur l’espèce de chaussée que forme la rive elle- même, et qui domine les terrains environnants. Seulement, alors que les cases annamites reposent directement sur le sol, les cases cambodgiennes sont élevées sur pilotis à un, deux, quelquefois trois mètres au-dessus. On pourrait croire, de prime abord, que cet usage doit son origine à la nécessité d’échapper aux inondations du fleuve, dont les crues atteignent en cet endroit dix à douze mètres. Mais comme on retrouve le même usage dans l’intérieur des terres, en des lieux où les habitants n’ont pas à craindre d’être envahis par l’eau, il faut plutôt l’attribuer à un instinct de race, particulier à quelques peuples de l’Inde et de l’Indo-Chine, et son utilité réelle est de préserver le logement de l’humidité, des scorpions, des sangsues, voire des serpents et autres visiteurs désagréables.

Il n’était plus possible déjà de parcourir les environs de Compong Luong, en raison de la crue des eaux qui avait pris depuis notre départ des proportions considérables. Il n’y avait plus d’autre route fréquentable que la haute et large chaussée qui conduit à Oudong. Cette promenade même n’offrait plus grand intérêt, le roi du Cambodge et toute sa cour s’étant transportés depuis peu à Pnom Penh. En suivant cette chaussée, on laisse à gauche une colline au sommet de laquelle se trouve une vieille pagode en grand renom de sainteté et qui possède une statue colossale de Bouddha. A droite, et dans le village même de Compong Luong, est une pagode neuve où l’art cambodgien moderne a déployé toutes ses magnificences, pâle reflet de celles que déploient à Ban Kok les temples siamois.

La canonnière 32 nous attendait à Compong Luong : M. de Lagrée régla complètement avec son successeur tout ce qui était relatif aux magasins et au petit établissement français de ce village, et les deux canonnières appareillèrent ensemble le 5 juillet pour Pnom Penh, où nous allions prendre définitivement congé de Sa Majesté cambodgienne Norodom.
De Compong Luong à Pnom Penh, la rive droite du bras du la ne présente qu’une suite ininterrompue de maisons et de villages, l’un des plus importants est celui de Pignalu, siège de la mission catholique qui fut fondée au Cambodge, en 1553, par les prêtres portugais Luis Cardoso et Jean Madera. Plusieurs évêques y ont été enterrés et, au XVII« siècle, cette chrétienté servit de refuge à Paul d’Acosta, vicaire général de Vévêché de Malaca, après la prise de cette dernière ville par les Hollandais. Pignalu avait été en dernier lieu la résidence de Mgr Miche, évêque de Dansara, qui ne l’avait quitté que lors de sa promotion au siège épiscopal de Saigon.

Vers midi, nous jetions l’ancre aux Quatre-Bras, un peu en amont de la pointe sur laquelle le roi Norodom se faisait construire une habitation à l’européenne. Rien de plus vivant que l’aspect que présente cette partie du fleuve. Par sa position au confluent du grand fleuve et du bras du Grand Lac, Pnom Penh est appelé sans aucun doute à un immense avenir commercial, si la domination française s’implante d’une façon durable et intelligente dans ces parages. Cette ville comptait, dit-on, cinquante mille habitants avant son incendie par les Siamois, en 1834, et elle avait été autrefois la capitale du pays : les rois du Cambodge y ont résidé au xvc siècle. Elle s’appelait à cette époque Cho-do-mouc, dont les Portugais ont fait Churdumuco. Son nom actuel, qui veut dire « montagne pleine », lui vient, suivant les uns, d’un monticule que surmonte un monument de forme pyramidale dont l’ancienneté est fort grande. La base de ce monument est carrée, et le cône légèrement évidé qu’elle supporte est orné de moulures horizontales d’un fort relief. Le commandant de Lagrée pensait que le monticule, qui a vingt-sept mètres de hauteur, était artificiel. Quant au monument lui-même, qui a trente-deux mètres de la base au sommet, c’est un de ces stoupa ou dagoba si communs dans les pays bouddhiques et qui sont censés contenir une relique de Cakya- mouni. Suivant une autre tradition, cette pyramide aurait été érigée par une femme d’un haut rang et d’une grande piété, nommée Penh, d’où le nom de Pnom Penh. Jadis, disent les habitants, il y avait au sommet de cette pyramide un gros diamant, mais il fut volé par les Portugais. Il est plus vraisemblable, d’après un récit de voyage déjà cité dans le cours de ce travail, que le monument se terminait par une boule et une flèche dorées.

Besuchen Sie uns unter: Halong Bucht 1 oder 2 Tage

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

Powered by WordPress