Pnom Penh – Départ du Cambodge – Pnom Bachey – Rapides de Sombor – Stung Treng partie 10

A six heures du matin, nous nous remîmes en route. Le bras roit que nous avions suivi la veille s’élargissait brusquement jusqu à atteindre un kilomètre et demi de large ; le courant s’accélérait en même temps. La profondeur du fleuve, que j’avais trouvée supérieure à trente mètres au départ de Stung Treng, n’était plus ici que de quinze mètres. Sur notre gauche était la grande île de Prea, qui masquait l’autre rive. Nous n’aperçûmes celle-ci qu’après avoir dépassé la pointe sud de l’île, et j’estime qu’en ce point la largeur du bras unique que forme le Cambodge atteint cinq kilomètres ; puis le fleuve se couvrit de nouveau d’îles de toutes dimensions, et le bruit lointain du rapide de Preatapang arriva à nos oreilles. La rive droite s’infléchissait légèrement vers l’ouest, et dans ce léger renflement venaient se placer une série d’îles longues, effilées comme des navires et dont les formes aiguës divisaient sans effort le courant devenu de plus en plus rapide. Mes bateliers voulurent à ce moment prendre le large et essayer de traverser le fleuve pour rejoindre la rive gauche ; mais je m’opposai à leur dessein et je leur manifestai mon intention de suivre de très près la rive droite, qui me paraissait, d’après la configuration géné-rale du fleuve, devoir offrir en cet endroit la profondeur la plus grande. Mon désir fut accueilli par les dénégations les plus énergiques. Il y avait, dirent-ils, folie à tenter ce passage ; l’eau bouillonnait, le courant était de foudre, la barque y serait infailliblement submergée. Je leur objectai qu’ils s’étaient engagés à me conduire au passage même de Preatapang, que c’était dans ce but précis qu’ils avaient été engagés à Stung Treng et qu’ils avaient reçu une rémunération exceptionnelle, qu’à ce moment ils n’avaient point considéré la chose comme impossible et que je pouvais juger moi-même qu’elle ne l’était pas avec une barque aussi légère et aussi facilement manœuvrable. Enfin je leur promis de doubler le prix convenu. Après s’être consultés un instant, ils m’assurèrent qu’ils me feraient voir Preatapang, mais ils continuèrent à s’éloigner de la côte. Je m’aperçus bien vite que leur intention était de passer au milieu du fleuve en laissant le rapide et l’île même de ce nom sur notre droite. Bien décidé à ne pas échouer comme la première fois dans la reconnaissance de ce fameux passage, j’ordonai à Renaud 6 de faire mine de s’emparer de la pagaye de l’arrière, en même temps que je signifiai de nouveau aux bateliers, la main sur mon revolver, de suivre la route que j’indiquai. Ils obéirent. Un instant après nous nous engagions entre la rive droite et la série des îles longues et étroites dont j’ai parlé. Là, le courant atteignait une vitesse irrésistible de six à sept milles à l’heure, et il était trop tard pour retourner en arrière. Si je n’avais été préoc-cupé par l’examen de la partie du fleuve que j’avais sous les yeux, l’air de comique angoisse de mes deux rameurs m’eût fait rire.Je voyais de reste, à leur contenance, que, s’il y avait danger à franchir  ce terrible passage , il n’y avait pas mort certaine, et je m’apercu avec plaisir qu’ils prenaient toutes leurs dispositions pour manœuvrer la pirogue avec énergie et promptitude. La menace de nous emparer des pagayes avait fait son effet ; ils préféraient se confier à leur habileté et à leur connaissance des lieux pour se sauver eux-mêmes que de remettre leurs destinées à l’audace ignorante d’un Européen.

6 Matelot de l’escorte qui sera renvoyé, pour raison de santé, vers Pnom Penh lorsque Garnier reviendra en arrière pour rechercher les passeports chinois, comme on le lira plus loin (NDP).

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