Pnom Penh – Départ du Cambodge – Pnom Bachey – Rapides de Sombor – Stung Treng partie 2

La population de Pnom Penh est une des plus mélangées de tout le delta du Cambodge. On y coudoie tour à tour des Annamites, des Cambodgiens, des Siamois, des Malais, des Indiens, des Chinois de toutes les provinces du Céleste Empire. Ceux-ci constituent, là comme partout, l’élément le plus actif et le plus commerçant, sinon le plus nombreux ; par rang d’importance viennent ensuite les Annamites, qui fournissent tous les bateliers qu’emploient le trafic avec les provinces de la basse Cochinchine et la pêche du Grand Lac, et un grand nombre de petits boutiquiers ; les Malais, constitués en corporation puissante, et qui sont les principaux détenteurs des quelques marchandises européennes qui viennent faire concurrence aux importations analogues de Chine ; enfin les indigènes. Sur le marché, les porcelaines, les faïences, la mercerie et la quincaillerie du Céleste Empire s’étalent à côté de quelques indiennes, de quelques cotonnades anglaises et de la bouteille de vermouth ou de parfait-amour qui caractérise plus spécialement la part de l’importation française.

Nous complétâmes sur le marché de Pnom Penh notre provision d’objets d’échange ; nous fîmes surtout une emplette considérable de fils de laiton de toutes dimensions, les Chinois en relations commerciales avec le Laos ayant indiqué cet article au comman¬dant de Lagrée comme l’un des plus estimés dans la partie de la vallée du fleuve que nous allions rencontrer immédiatement.
Le 6, nous fûmes présentés par M. de Lagrée à Sa Majesté cambodgienne 1 qui nous fit le plus brillant accueil et voulut bien, à l’instar des divertissements usités jadis à la cour du grand roi, nous faire assister à un ballet donné par le corps entier de ses danseuses. J’admirai plus, pour ma part, l’originalité et l’élégance de leurs costumes et la richesse des tissus de soie brodés dont ils se composaient que la grâce des entrechats ou l’expression de la pantomime des acteurs, quoique au point de vue de la couleur locale il y eût là pour moi quelque chose de caractéristique. J’avais assisté souvent déjà aux représentations théâtrales en Chine et en Cochinchine ; ce spectacle me parut fort différent et procéder d’une tra¬dition opposée. On se rapprochait évidemment ici de l’Inde. La danse, on le sait, est complètement étrangère à la race mongole et les Chinois ne s’accommodent guère que de représentations historiques où les héros et les guerriers de l’Antiquité viennent déclamer sur la scène le récit de leurs exploits.
La récréation du ballet, à laquelle toute la cour parut prendre le plus vif plaisir, fut suivie d’une collation, à laquelle seuls nous prîmes part avec le roi.
Ce n’était pas sans les plus vifs regrets que celui-ci se séparait de son conseiller intime et de son tuteur politique, M. de Lagrée. L’horizon était gros d’orage : un cousin de Norodom, connu sous le nom de Pou Combo, était parvenu à s’échapper de Saigon, où on l’avait interné, et avait levé l’étendard de la révolte contre son parent. Les compétitions au trône entre les membres de la famille royale sont pour ainsi dire éternelles au Cambodge et ont été l’une
1. Il s’agit du roi Norodom Qui avait signé, trois ans plus tôt, le traité de protectorat dont Doudart de Lagrée était porteur ; ce roi était 1 arrière-grand-père du prince Sihanouk (NDP)

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