Pnom Penh – Départ du Cambodge – Pnom Bachey – Rapides de Sombor – Stung Treng partie 5

Le commandant de Lagrée s’était informé avec soin des mou¬vements de Pou Combo et il avait appris que ce rebelle avait fait, à la tête de quatre cents hommes, une tentative pour s’établir dans une forteresse ruinée, ancienne résidence des rois du Cambodge, située à peu de distance de la rive gauche du fleuve, mais qu’il avait été battu et refoulé du côté de Tay-ninh par le mandarin de Thbong Khmoun. De ce côté, il ne semblait donc pas qu’il pût y avoir des inquiétudes à concevoir sur nos communications à venir. Nous n’avions plus pour le moment qu’à nous préoccuper de l’or¬ganisation de notre navigation future et nous dûmes y employer quatre ou cinq journées. Les huit barques mises à notre disposition nécessitaient une installation toute particulière pour etre a même de remonter les forts courants du fleuve.

C’étaient de simples troncs d’arbres creusés, d’une longueur variant entre quinze et vingt-cinq mètres. Pour les rendre manœuvrables, on doit appli-quer autour de chacun d’eux un soufflage en bambou assez large pour qu’un homme puisse y circuler facilement. Ce soufflage forme à l’avant et à l’arrière deux plates-formes qui prolongent et élargissent les extrémités de la pirogue, et dont l’une sert à l’ins-tallation de la barre. La partie creuse de la barque est recouverte d’un toit semi-circulaire, dont la carcasse est faite en bambou et dont les intervalles sont remplis par des nattes ou par des feuilles. Pendant que nos bateliers cambodgiens travaillaient activement à revêtir chaque barque de cette sorte d’armature, nous achevions de disposer le matériel de l’expédition et de prendre toutes les précautions nécessaires pour le garantir autant que possible de toute avarie. Le travail devenait d’ailleurs la seule distraction possible au milieu de l’isolement complet où nous nous trouvions.

Cratieh est un petit village de quatre à cinq cents âmes où n’apparaît aucune espèce de mouvement commercial. Les cases, proprement construites, se disséminent sur une grande longueur le long de la rive, s’entourant de quelques arbres fruitiers et de quelques petits jardins. Derrière l’étroite bande qu’elles occupent au sommet de la berge du fleuve, le terrain s’abaisse rapidement et l’on ne rencontre plus au-delà que quelques pauvres cultures de riz éparpillées dans la plaine. Rien ne donne une idée plus triste de l’incurie et de l’indolence du Cambodgien que la vue de ces petits carrés de riz, perdus au milieu de fertiles terrains restés en friche alors que ni les bras ni les bestiaux ne manquent pour les cultiver.

Ce qui est nécessaire à sa consommation, mais rien de plus, telle est la limite que le Cambodgien paraît presque partout donner à son travail. Aussi, au milieu d’éléments de richesse qui n’attendent qu’une main qui les féconde, au milieu du pays le plus admirablement favorisé de la nature, reste-t-il pauvre et misérable, repoussant par paresse ou par découragement le bien-être et la fortune qui lui tendent la main : triste résultat du système de gouvernement qui tue ce riche et malheureux pays. L’intermédiaire du mandarin en tout et pour tout, en faisant toujours à celui-ci la part du lion dans les bénéfices, a tué toute initiative. Le roi et quelques autres grands personnages paraissent être les seuls propriétaires et les seuls commerçants de tout le royaume. Les goûts dispendieux du roi, beaucoup accrus depuis son contact avec les Européens, laissent sa caisse toujours vide et il a été obligé d’affermer une à une toutes les branches de l’impôt ou du revenu public. Les Chinois, auxquels est concédée en général l’exploitation de ces monopoles, en tirent parti avec l’âpreté au gain qui caractérise leur race, et le malheureux contribuable est souvent tellement pressuré qu’il n’a plus d’autre ressource que de se réfugier dans les forêts et de devenir voleur ou rebelle.

2 Expédition anglo-française qui avait abouti à l’occupation de Tsien-Tsin et au sac du Palais d’Eté, obligeant la Chine à signer le traité de Pékin (NDP).

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