Pnom Penh – Départ du Cambodge – Pnom Bachey – Rapides de Sombor – Stung Treng partie 7

C’était le dernier point de quelque importance appartenant au Cambodge que nous devions rencontrer. Le gouverneur de la province de Samboc-Sombor y réside : il accueille le commandant de Lagrée avec tout le respect dû à son rang. Confortablement installés dans l’une des nombreuses cases qui composent la demeure de ce fonctionnaire, et bien à l’abri sous nos moustiquaires, nous passâmes une nuit meilleure que la précédente. L’excellent mandarin reçut de M. de Lagrée, en retour de quelques cadeaux de volaille et de fruits, un revolver choisi dans notre stock d’objets d’échange. A ce prix, il eût volontiers prolongé une hospitalité dont ses contribuables faisaient tous les frais. Mais le temps pressait et nous ne pûmes donner à ses instances que la matinée du jour suivant. Vers onze heures, nous nous remettions en route.

A partir de Sombor, le lit du fleuve s’encombre d’une multitude d’îles qui l’élargissent démesurément et qui ne permettent pas d’embrasser toute son étendue et de juger de sa configuration, tout en variant davantage ses aspects successifs. La zone que nous traversions était à peu près complètement inhabitée et couverte de forêts magnifiques. Les essences les plus communes parmi celles que nous rencontrions étaient le yaô dont j’ai déjà parlé, le ban- lang qui fournit au batelage d’excellents avirons, le Cam-xe3 qui donne un beau bois d’ébénisterie. Le premier de ces trois arbres, qui est le plus remarquable par sa grosseur et son élévation, était le seul qui parût exploité. Des excavations en forme de niche, creusées par le feu, étaient pratiquées dans la plupart des troncs et servaient de réservoir à l’huile de bois que cette espèce produit en quantité considérable. Quelques-unes de ces excavations étaient recouvertes avec soin de larges feuilles pour empêcher l’introduction de Veau de pluie.

Le 16 juillet, nous nous trouvions en présence de véritables rapides : les rives nettes et bien dessinées des îles qui avaient encadré jusque-là le bras du fleuve que nous suivions s’effacèrent tout d’un coup. Le Cambodge se couvrit d’innombrables bouquets d’arbres à demi submergés ; ses eaux limoneuses roulaient avec impétuosité dans mille canaux dont il était impossible de saisir l’inextricable réseau. D’énormes blocs de grès se dressaient le long de la rive gauche que nous suivions et indiquaient que des bancs de la même roche traversaient la rivière et la barraient dans toute sa lar-geur. A une assez grande distance de la rive, les bambous des piqueurs trouvaient le fond à moins de trois mètres, et nos barques n’avançaient qu’avec le plus grand effort contre un courant qui, en certains endroits resserrés, atteignait une vitesse de cinq milles à l’heure. L’avenir de ces relations commerciales rapides que la veille encore je me plaisais à rêver sur cet immense fleuve, route naturelle de la Chine à Saïgon, me sembla dès ce moment gravement compromis.

Les pluies et les orages contribuèrent encore à rendre notre marche plus lente et notre voyage plus pénible. Nous avions les plus grandes peines à trouver le soir un gîte sûr pour nos barques, et les crues subites des petites rivières à l’embouchure desquelles nous cherchions un abri nous mirent plusieurs fois en danger d’être emportés pendant notre sommeil et jetés à l’improviste au milieu du courant du grand fleuve. Nous couchions maintenant dans nos pirogues, dont le toit nous garantissait un peu de la pluie ; mais il ne fallait pas que l’orage durât bien longtemps pour percer de part en part les nattes et les feuilles qui le composaient. La température ne rendait point ces douches bien pénibles à supporter, et on se résignait assez facilement à ne pas dormir en contemplant l’illumination fantastique et véritablement grandiose que les éclairs incessants entretenaient sous les sombres arceaux de la forêt, et en écoutant le bruit éclatant du tonnerre, répercuté par tous ses échos, se mêler au grondement sourd et continu des eaux du fleuve.

3 Toutes ces essences, inconnues en Europe, n’ont pas d’appellations équivalentes en langue vulgaire et je leur donne le nom annamite sous lequel elles commencent à être connues dans notre colonie de Cochinchine. C’est sous cette forme seulement que ce renseignement peut avoir chance d’être utile à quelques lecteurs.

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