Pnom Penh – Départ du Cambodge – Pnom Bachey – Rapides de Sombor – Stung Treng partie 8

Le 19 juillet, nous sortions de cette zone de rapides. Nous nous trouvions à la limite du Cambodge et du Laos, sur la rive gauche du fleuve que nous suivions toujours. Sur la rive droite, un peu en aval de ce point, se trouvait un rapide terrible, celui de Prea- tapang, que les bateliers donnaient comme le passage le plus dan-gereux de toute cette partie du fleuve. M. de Lagrée m’engagea à essayer de le reconnaître, et je partis à cet effet dans une petite pirogue. Arrivé au milieu du fleuve, le long d’une île d’où l’on découvre une assez longue perspective en aval, mes rameurs me montrèrent du doigt la direction de Preaiapang. Ce fut tout ce j’en obtins : malgré toutes mes instances, iis me rameneren: a rive d’où nous étions partis et qu’avait continué de suivre le reste de l’expédition. Nous convînmes, M. de Lagrée et moi, que ce nt serait que partie remise, et que, dès notre arrivée à la prochain étape, je tenterais une reconnaissance de la rive droite du fleuve jusqu’à Sombor, point où nous avions cessé d’apercevoir cer.e nve.
Le 20 juillet, le cours du fleuve qui s’était infléchi à Voues: dans le passage des rapides, était revenu exactement au nord, et pou: la première fois l’horizon nous montrait dans cette direction quel- ques ondulations de terrain. Le fleuve était redevenu calme e; d’une apparence magnifique ; sur la rive gauche se montraient les premières habitations laotiennes. Le 21 au matin, nous apercevions le large confluent du Se Cong ou rivière d’Attopeu et nous doublions la pointe de Stung Treng, chef-lieu de province situé sur la rive gauche de cette rivière, à peu de distance de son embouchure. Nous allions rencontrer là le premier fonctionnaire dépendant de Siam avec qui nous eussions encore eu affaire.
Dès les premiers pourparlers, ce gouverneur, qui était laotien, se montra d’une froideur et d’une défiance qui nous firent fort mal augurer de nos relations futures avec les autorités siamoises. Nous devions congédier à Stung Treng nos barques et nos équipages cambodgiens, qui ne pouvaient s’éloigner davantage de leur point de départ, réunir d’autres moyens de transport, compléter la reconnaissance hydrographique de la partie du fleuve parcourue jusque- là. Tout cela demandait du temps et le concours des habitants du pays. Il importait donc de rompre la glace qui, dès le début du voyage, menaçait de compromettre la bonne entente si nécessaire à la réussite, sans cependant se départir de la dignité nécessaire au prestige du pavillon et aux intérêts que nous voulions servir. Après avoir fait une première visite au gouverneur pour lui demander un abri et des vivres pour l’expédition, M. de Lagrée, ne voyant pas se réaliser les promesses faites, me renvoya au muong (c’est au Laos le nom de la résidence des gouverneurs de province et le titre des gouverneurs eux-mêmes) pour renouveler ses demandes et manifester tout son mécontentement. Il y avait plus de timidité et de crainte que de mauvais vouloir dans la conduite du pauvre fonctionnaire. Après quelques pourparlers, il finit par avouer franchement que le pays était très indisposé contre les Français, parce que la récente visite d’un négociant de cette nation, le sieur L 5, avait donné la plus mauvaise opinion de leur manière de faire ; que, par cette raison, il serait difficile de se procurer des vivres et des moyens de transport, tant cet étranger avait usé de violence et de mauvaise foi dans les relations qu’il avait essayé de nouer avec les indigènes ; enfin, que nos armes et notre nombre, relativement considérable, n’étaient point de nature à rassurer des populations naturellement douces et craintives. Le commandant de Lagrée promit d’examiner ces plaintes, assura que la conduite des hommes de l’expédition serait de nature à dissiper toutes les préventions des Laotiens, obtint à son tour l’assurance du gouverneur que celui- ci ne se croyait en aucune façon le droit d’entraver la marche de la mission française, et, cette assurance reçue, exhiba les passeports de Siam. Il fit sentir en même temps que si l’on continuait à montrer devant ses justes demandes la même inertie, le même manque d’empressement, il s’établirait lui-même à Stung Treng sans le consentement de qui que ce soit et en référerait au gouverneur de la Cochinchine française.
4 Un muong est une division administrative équivalente à un district ; mais, selon le contexte, ce mot peut signifier « village » ou « royaume » ! (NDP).
5 Garnier fait preuve de discrétion en raison du caractère récent des faits relatés ; il s’agit d’un aventurier du nom de Le Faucheur (NDP).

Für mehr Infos: Halong Bucht touren

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