Pnom Penh – Départ du Cambodge – Pnom Bachey – Rapides de Sombor – Stung Treng partie 9

Ce mélange de douceur et de fermeté, qui était le fond du caractère de M. de Lagrée, et à l’aide duquel il est parvenu dans la suite à vaincre tant d’obstacles, réussit parfaitement. Le gouverneur vint peu après lui rendre sa visite en personne et s’excuser de sa conduite en alléguant son ignorance des usages. Ses cadeaux, qui avaient été d’abord refusés par le commandant de Lagrée, furent acceptés, et il reçut à son tour en échange quelques objets français. On se mit immédiatement à nous construire une case, et nous nous installâmes en attendant dans le sala, sorte de maison commune que l’on trouve dans tous les villages laotiens, où le jour on délibère des affaires publiques, et où, la nuit, se tiennent quelques gardiens qui annoncent les veilles et protègent les habitants contre les déprédations des tigres et des autres rôdeurs nocturnes.

Nous pouvions dès ce moment renvoyer nos barques et nos rameurs cambodgiens, ces derniers au nombre de cinquante, tous fort impatients de retourner chez eux, l’époque du repiquage des riz étant arrivée et réclamant tous leurs soins. Quoique le roi du Cambodge eût donné l’ordre de nous conduire à Stung Treng sans aucune rémunération, en prélevant ce voyage sur les corvées qui lui étaient dues à titre d’impôt par les villages frontières, M. de Lagrée ne voulut pas avoir déplacé pour rien ces pauvres gens et fit remettre à chacun d’eux quatre ligatures (environ quatre francs de notre monnaie) et le riz nécessaire pour rejoindre leurs villages. Cette générosité avait également pour but de rassurer les Laotiens, devant qui elle était faite, sur le payement de leurs services à venir. En même temps, M. de Lagrée retint une petite pirogue et les deux bateliers cambodgiens les plus hardis et réputés connaître le mieux le fleuve, et les décida à prix d’argent à me reconduire à Sombor, en suivant la rive droite ou telle autre route que je leur indiquerai. Comme je l’ai déjà dit plus haut, la nature même de notre navigation jusqu’à Stung Treng avait rendu impossible toute reconnaissance hydrographique sérieuse, et l’objet de cette seconde , rsion avec courant en pleine eau était surtout d’essayer existence d’un chenal navigable au milieu de tout ce dédale d’îles, de roches et de rapides.

Je m embarquai donc, moi quatrième, dans la frêle pirogue : en outre les deux Cambodgiens, j’emmenais un matelot français nommé Renaud, à qui un long séjour au Cambodge avait donné une certaine connaissance de la langue, et qui devait me servir à la fois de sondeur et d’interprète. Nous partîmes de Stung Treng le 24 juillet, à midi et demi. La légère barque, emportée par le courant, était gouvernée avec une merveilleuse adresse par les deux rameurs, armés chacun d’une courte pagaye et accroupis aux extré-mités. Renaud et moi étions au centre, lui sondant de temps à autre, moi relevant rapidement la route suivie avec ma boussole et notant au crayon les différentes particularités qu offrait le fleuve.

Nous eûmes bientôt gagné la rive droite, et nous entrâmes dans le bras étroit et sinueux que le groupe d’îles de Salanh dessine le long de cette rive. A la tombée de la nuit, nous étions déjà arrivés, grâce à la vitesse du courant, à la tête de la zone des rapides ; je fis faire halte et nous cherchâmes sur la berge le gîte pour la nuit que ne pouvait nous offrir l’étroite embarcation. Nous nous trouvions sur un territoire cambodgien dépendant de la grande province de Compong Soai, et au centre d’une exploitation forestière. Tout autour de nous gisaient d’énormes arbres abattus, dans le flanc desquels on avait commencé à creuser des pirogues ; de forts coins en bois, enfoncés de distance en distance, maintenaient entrouverte la plaie béante pratiquée à coups de hache dans le cœur de l’arbre et allaient servir à l’élargir démesurément.

Les bûcherons avaient déjà abandonné leur travail ; mais nous trouvâmes les restes d’un feu allumé autour duquel nous amoncelâmes de nouveau combustible pour la nuit. Non loin de là s’élevait une petite case perchée sur quatre hauts piquets à plus de trois mètres au-dessus du sol, et à laquelle conduisait une grossière échelle. Cette espèce d’observatoire ou de mirador que l’on trouve dans toutes les parties de forêt exploitées, et qui sert d’abri et de lieu de veille contre les bêtes féroces, fut transformée en dortoir. Bercé par les oscillations que le vent imprimait parfois à notre domicile, et par le concert des mille bruits dont résonnait l’atmosphère de la forêt, je m’endormis bien vite, en compagnie de Renaud et de 1 un de mes bateliers ; l’autre s’était allongé dans la petite pirogue Qu il remplissait tout entière, pour veiller pendant la nuit à la sécurité de notre unique véhicule.

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